08.01.2012
Planquée. Et je t'emmerde.
Depuis un certain temps, « on » (par « on », tu vois de qui je veux parler ») nous fait passer pour des feignasses trop attachés à nos privilèges de ouf, histoire de flatter le Bidochon lambda qui lorgne sur les fonctionnaires comme le morpion sur une couille pas fraîche.
Il paraît qu’on est pas super open-minded question évolution du métier. C’est rigolo mais si on étudie un peu l’histoire de l’éducation, des changements, on s’en est farci quand même… je vais pas te faire un cours d’histoire, mais il y a eu le pansement sur une jambe de bois pour faire oublier la fermeture des réseaux d’aide spécialisée appelé pompeusement « aide individuelle »… l’intégration des élèves « en situation de handicap »… la disparition des postes de maîtres spé… la fermeture de classes quasi-systématique, entraînant des classes à triple niveau à 30… bref j’en passe et des meilleures… ça me semble pas mal en quelques années.
Je rappelle que ces changements ont été mis en place sans penser à la formation des enseignants… genre ça s’improvise pas quand même d’enseigner à un enfant trisomique… et si j’étais mesquine je dirais même qu’a aussi été oubliée l’augmentation de salaire, mais crois-moi tu choisis pas ce métier pour la thune.
Alors OUI, c’est vrai, on a de la chance car on a beaucoup de vacances.
OUI, c’est vrai, nous avons (à plein temps) 26 heures de temps de présence devant les élèves.
D'ailleurs à propos de l'aide personnalisée, à plein temps on doit faire 60 heures : 54 heures devant les élèves... et 6 heures de préparation !!! Mais de qui se moque-t-on ?
Laisse-moi te parler de mon quotidien. Sans exagérer.
Au hasard, nous sommes aujourd’hui vendredi.
Je suis dans une classe de CP-CE1-CE2. Je vois les élèves une fois par semaine, comme tous ceux que j’ai cette année. C’est trop marvellous de boucher les trous et d’être considérée comme une sous-maîkresse, je te le dis. D’ailleurs ma hiérarchie a tellement d’estime pour moi que je n’ai AUCUN niveau semblable (polyvalence, quand tu nous tiens), ni deux jours d’affilée dans la même école (alors que cela aurait été possible, mais non, plus fun de coller deux personnes à quart-temps qu’une seule à mi-temps…)
Revenons à nos moutons. Dans cette classe, il y a un élève « en situation de handicap », deux enfants non-francophones, un enfant de CP qui a à peine le niveau de celui d’un moyenne section de maternelle… ah, et j’avais oublié, ils sont 28.
Le matin, on commence à 8h (spéciale dédicace à l’aide perso). Je me suis arrangée pour faire mes photocopies la semaine précédente (question de survie), mais il reste toujours 2-3 conneries à revoir avant l’arrivée des affreux.
Et TOUTE la sainte journée, j’ai l’impression d’être mauvaise. Super pour l’estime de soi non ?
Mauvaise car même quand je laisse les CP en autonomie avec un boulot adapté, ils brassent.
Mauvaise car forcément je ne peux pas m’occuper de tous.
Mauvaise car la différenciation pédagogique (c’est-à-dire un travail qui collerait pile poil à ce que peut chaque élève) est super dure à mettre en place, déjà que je prépare pour 3 niveaux et que ça me prend un temps fou.
Entre midi et deux, je ne fais QUE bosser. Je mange un truc trop chaud (ou trop froid) sur le pouce, entre deux photocopies/plastification/préparation de matériel/correction.
Les gremlins redébarquent, je suis déjà sur les rotules (rapport à la matinée et à la digestion difficile).
La journée se termine. Super, je vais pouvoir me rouler les pouces ! Que nenni, jeune inconscient. Il me reste encore une tonne de corrections (ne PAS pleurer), que je m’empresse de finir avant de rentrer chez moi. J’emmène tout de même les contrôles (catastrophiques, et bim de nouveau estime de soi en berne) histoire de ne pas rentrer avant que le Crapiot soit couché.
J’arrive, je joue avec mon Crapiot, je tente de corriger mes copies en même temps (comment vais-je pouvoir expliquer au petit Kévin que son devoir est tout chiffonné ?). Je profite d’une accalmie (M.E. baigne son rejeton) pour faire un petit bilan : qu’est-ce qui a pas marché ? Pourquoi ? Je reprends les documents qui ont foiré. Je reprends mes préparations. Pendant ce temps-là, le Crapiot est sorti du bain, couine car je ne m’occupe pas de lui… j’arrive mon Crapiot !
On mange, le Crapiot mange, je couche le Crapiot. J’ai écrit une liste longue comme le bras de trucs à faire pendant le week-end. De temps en temps, je retravaille jusqu’au coucher ; le plus souvent je passe un peu de temps avec M.E., histoire de quand même justifier notre statut de couple.
Ah oui et puis laisse-moi te raconter mes vacances de Noël : j’ai passé la première semaine à ranger tout ce que j’avais entassé en 8, et la seconde je me suis avancée au maximum pour tenir jusqu’aux prochaines vacances. Genre il ne me reste « plus » qu’à créer les exercices adaptés, différencier, préparer le matériel correspondant aux activités que j’ai prévues.
Je t’avoue cette année je fais light question réunions et rencontre de parents vu qu’un bon nombre ne daigne s’adresser qu’à la titulaire. Mais faut rajouter ça, aussi, normalement.
Donc c’est vrai que certain(e)s collègues sont la honte de la profession, abusent du système, n’en foutent pas une, comme partout. Mais c’est vraiment une minorité. Dans mon boulot, tu peux passer tout ton temps à bosser, ne jamais couper, il y a toujours un truc à faire.
Et si tu penses encore que notre fonction est aussi enviable, ne te gêne pas, le concours est externe, viens donc tenter ta chance…
16:05 Publié dans Faut bien manger autre chose que des pâtes | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fonctionnaire, planqués, au bûcher, évolution du métier |
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Commentaires
j'ai aimé la blague du lendemain de Noyel ou les deux gamins comparent leurs cadeaux de Noyel ou l'un dit ben moi j'ai eu une moon cup et je peux faire du cheval de la moto et meme me baigner avec !!! génial non ? moi je l'uilise aussi et au début faut avoir le coup pour la mettre convenablement là comme il faut !!! surtout que mon cheval n'as pas intéret à etre derrière ds mes pattes là c'est vrai je les ai mes huemeurs et c'est pas rien bon je vais allé le consolé j'ai besoin moi aussi de l'etre ... ah oui bonne année 2012 §§§
Écrit par : annie | 08.01.2012
Répondre à ce commentaireParce qu'elle a l'air sacrément forte...
Écrit par : Mme E. | 08.01.2012
Mme E, je suis de tout coeur avec vous. J'arrive même pas à imaginer devoir bosser chez moi (j'aurais l'impression d'avoir A VIE des devoirs à faire gniiiiiii), je vous admire grandement. D'autant plus être devant des enfants toute la journée quoi. Juste Waouh.
Pour ta dernière phrase "Et si tu penses encore que notre fonction est aussi enviable, ne te gêne pas, le concours est externe, viens donc tenter ta chance…", je partage et j'applaudis. Je sors ça souvent aux gens qui bossent sur ceux qui touchent le RSA et qui bien sûr en profitent grassement et sont trop bien dans leur peau. Si c'est si bien, ben démissionne et demande le RSA.
Je comprends bien tes remises en question vu la surcharge de travail et quand même la grande mission qu'est la tienne. Je ne connais pas du tout ton monde (enfin j'ai ma belle soeur qui est prof (de maths en plus), mais bon je vois ça de très loin), j'espère que ça ira vite mieux, que tu auras un poste fixe, et de meilleures conditions de travail.
Zouz'
Écrit par : Kisbuel | 08.01.2012
Répondre à ce commentaireChaque métier a ses avantages et ses inconvénients, j'ai vécu deux années merveilleuses et deux années pourries, espérons que 2012 soit l'année de la win !
(t'façons j'vais leur coller un CrapiotBis sur les bras d'ici peu mouahahahahahahahah ma vengeance sera terrible !)
Écrit par : Mme E. | 09.01.2012
Écrit par : faithfullyyours | 08.01.2012
Répondre à ce commentaireAllez, tu vas pas crever maintenant que ton ventre va commencer à avoir de la gueule, ça serait trop con... tu penses congé mater, tu vis congé mater, tu respires congé mater...
Écrit par : Mme E. | 09.01.2012
Après c'est sûr que quand on n'est pas prof/instit, et qu'on ne connaît personne dans le métier, on a un peu l'impression que c'est la panacée, des vacances tout le temps, des horaires pas contraignants, donc forcément les gens "envie" les profs, mais comme tu dis faut pas oublier le super salaire, les heures de préparation et surtout, le truc qui me foutrais la trouille, surveiller une trentaine de gosses en même temps (en plus avec des multiples niveaux comme les tiens, j'ose pas imaginer)... Bon courage !
Écrit par : Miss Gwen | 09.01.2012
Répondre à ce commentaireJ'ai aussi voulu faire cet article au cas où des gens totalement ignorants du milieu enseignant aient quand même une vision un peu plus objective... quoiqu'on est jamais content de son sort ;)
Bonne grossesse en tout cas ;)
Écrit par : Mme E. | 09.01.2012
Inutile de dire que je plussoie ton message à 100 % et que je m'identifie totalement, à part pour tout ce qui concerne le Crapiot. D'ailleurs, je me demande bien comment je ferai quand j'aurai des gosses !!!
J'ajouterai au tableau que tu as peint que nous avons une formidaaable perspective d'évolution de carrière : passer d'environ 1300 € net en début de carrière à 2000€ après 30 ans d'ancienneté, mais c'est l’extase !!! Mais comme tu dis, on sait bien qu'on ne fait pas ce métier pour les sous.
Et pis, non, nous ne sommes pas payés les jours de grève, contrairement à ce que croient encore certains !
En tous cas, prenez soin de vous, les E. !
Allez, je retourne à mes corrections (25 évals d'Histoire + 25 productions d'écrit rien que pour aujourd'hui : miam !) et préparations !
Écrit par : littlecalie | 09.01.2012
Répondre à ce commentaireBen quand t'auras un Crapiot, tu feras comme toutes les jeunes mères : 36 000 choses en même temps :D
Y'aurait tellement de choses à dire sur notre métier... et pas qu'en bien...
Bleub
Courage pour les corrections !
Écrit par : Mme E. | 11.01.2012
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